Fischer : La force tranquille

L’enseigne luxembourgeoise qui compte 8 points de vente dans le Nord-Est de la France, a décidé de renforcer sa présence dans notre pays en se lançant dans la franchise. Une première pour le groupe familial qui affiche l’ambition d’atteindre une vingtaine de magasins d’ici 2020 avec un concept modulable.

Décidément, on peut dire que la France aiguise l’appétit de beaucoup d’enseignes de la boulangerie-pâtisserie même hors de nos frontières. Cette fois-ci, il nous passer côté luxembourgeois pour découvrir un visage méconnu des professionnels du secteur. Et pourtant, l’entreprise Fischer n’est pas la première venue. Créée en 1913 à Diekirch dans le Nord-Est du Luxembourg par un couple de boulangers —Eugène et Marguerite Fischer— la boulangerie familiale va tenter de traverser la 1re guerre mondiale sans encombre. Eugène Fischer ira même jusqu’à entreprendre des tournées avec une charrette à bras pour vendre son pain dans les localités avoisinantes.

JOE FISCHER, LE BOULANGER VISIONNAIRE

Au lendemain de la guerre, Eugène ouvre ses premières filiales dans les localités frontalières de Wallendorf et Bollendorf. En 1925, il acquiert également sa première machine à pétrir la pâte pour répondre à la demande et, en 1930, s’équipe d’un four à vapeur. Mais le second conflit mondial va alors dramatiquement tout remettre en question. En 1943, son fils Joe est enrôlé de force et part faire son service militaire en Pologne. Il parvient à fuir la “Wehrmacht“ en octobre de la même année. Mais ses parents et sa sœur sont déportés dans les camps de Jeschütz-Wartha (Nord-Est de l’Allemagne) jusqu’à la libération. Tous les biens de la famille Fischer seront confisqués par l’administration civile allemande. A la libération, le jeune Joe décide de terminer sa formation de boulanger-pâtissier et obtient sa maîtrise. En reprenant la boulangerie familiale en1954, il va alors entreprendre le développement de l’entreprise. Depuis, elle ne va cesser de croître pour atteindre aujourd’hui une dimension européenne.

UNE ENTREPRISE ET 2 ENSEIGNES

Dans les années 70, la famille Fischer s’associe à la famille Muller. Cette dernière gère un des principaux moulins du pays, le Moulin de Kleinbettingen. Cette collaboration permet à Fischer d’assurer un approvisionnement de blé de qualité pour la confection de ses pains et compter sur l’investissement nécessaire pour le développement de la boulangerie familiale. Aujourd’hui, 4 membres de la famille sont toujours dans le groupe, dont Carole Muller, Administrateur Délégué, qui nous reçoit au siège de Roodt/Syre, à une vingtaine de kilomètres à l’Est de la ville de Luxembourg. Sur le site, les 2 enseignes du groupe cohabitent. Panelux, acteur de la boulangerie et de la viennoiserie surgelée qui réalise un chiffre d’affaires de 65 millions d’euros. Puis Fischer, qui regroupe le réseau de 68 boulangeries, dont 8 en France et 1 en Allemagne, qui a réalisé en 2015 un chiffre d’affaires de 40 millions d’euros. Et justement, Carole Muller a de grandes ambitions pour l’enseigne. « Nous avons ouvert notre premier point de vente en France en 2000. Nous pensons que le moment est venu de débuter notre développement, notamment sur le Nord-Est du pays. Et le meilleur moyen de mener à bien notre objectif d’ouvrir 5 magasins par an pour atteindre une vingtaine d’unités d’ici 2020, c’est la franchise », précise-t-elle avec conviction. La première franchise a donc été inaugurée à Guénange (Moselle), entre Metz et Thionville, en février dernier. Mais pour le moment, le développement de Fischer va donc se faire dans le quart nord-est de la France, au maximum entre 300 et 350 kms du site de production luxembourgois. « Notre atelier de Roodt/Syre produit pour Fischer toute une gamme de pâtes crues non-congelées. Pour des raisons logistiques, nous ne pouvons donc pas fournir de points de vente au-delà de 300 kms de l’unité de production», confirme Carole Muller.

UN CONCEPT MODERNE ET MODULABLE

Pour assurer son développement, Fischer propose donc aux futurs franchisés un concept modulable de 90 à 250 m², adapté pour les centre-villes, centres commerciaux, ou encore les périphéries de ville. Un look résolument moderne qui propose en France une gamme de pains et viennoiserie à la française bien sûr, mais aussi des spécialités luxembourgeoises comme des Cramiques, Streusels ou autres bretzels sucrés. « Nous avons une gamme que l’on ne trouve pas ailleurs, des produits différenciants signés Fischer», affirme Carole Muller. La franchise est donc pour l’entreprise luxembourgeoise le meilleur moyen de se développer chez nous. Pour le franchisé, l’investissement total est compris entre 250 000 à 520 000 € dont 30 000 € de droit d’entrée. Chaque année, il s’engage à reverser une redevance de 5% du chiffre d’affaires. Fischer, annonce de son côté, un chiffre d’affaires après 2 ans compris entre 350 000 et 1 M€ HT selon le point de vente.

Laurent Estèbe

Rédacteur en chef HONORE LE MAG

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Lionel Deloingce : Pour une meunerie moderne !

Pour Lionel Deloingce, défendre l’industrie meunière est un combat de tous les jours. Il souhaite réhabiliter ce métier méconnu du grand  public, parfois décrié, souvent attaqué et pourtant si incontournable. Il veut une meunerie française tournée vers la modernité, vers le numérique et les jeunes générations. Tout un programme !

 

ATTRACTIVITÉ. JE CONNAIS LIONEL DELOINGCE DEPUIS

de très longues années. 20 ans peut-être. J’ai observé son parcours de jeune meunier, de jeune entrepreneur, et maintenant de jeune Président de l’Association Nationale de la Meunerie Française (ANMF). J’ai été témoin de ses combats. J’ai partagé ses convictions. Il a toujours voulu apporter une parole de raison quand les débats faisaient rage au sein de la Meunerie Française, alors que le secteur connaissait une terrible restructuration et de fortes dissensions. Il a su porter, quand il fallait, un message de réconciliation mais aussi de remise en question et d’espoir pour ce métier. Désormais, il souhaite non seulement réhabiliter la meunerie auprès des jeunes, mais aussi moderniser les outils de production et engager la filière dans l’ère du numérique.

UNE INDUSTRIE ENCORE PLUS MODERNE

Son message, il ne cesse de le rappeler : « la compétitivité passe aussi par la modernisation constante des outils de production et le numérique constitue une nouvelle phase clef que les meuniers ne rateront pas. Nous devons rappeler que la meunerie française est une industrie moderne, technique et technologique », martèle Lionel Deloingce à qui veut l’entendre.

Pour lui, les entreprises de la meunerie doivent reprendre la place qui leur est due, malgré les difficultés et les entraves fiscales ou réglementaires. « Même si nous avons su maintenir emplois et stabilité en 2016, le secteur de la Meunerie reste fragilisé. La Taxe Farine est un sujet central pour nous, car injuste. Cette taxe grève lourdement la compétitivité de la profession, sa croissance même, en créant une inégalité de traitement fiscal dans le secteur agroalimentaire », affirmaitil encore avec conviction fin septembre dernier, lors de la dernière Convention de la Meunerie Française à Paris.

ÊTRE TOUJOURS PLUS COMPÉTITIF

Mais la compétitivité des meuniers français ne passe pas uniquement par des allègements fiscaux ou réglementaires. Comme le rappelait Jean-Philippe Girard, Président de l’ANIA, à l’occasion de cette Convention, la filière doit aussi « prendre des initiatives, aller de l’avant, se mettre en ordre de bataille. » Des propos qui trouvent un écho très favorable chez Lionel Deloingce. « La Meunerie doit aussi montrer son vrai visage pour attirer les meilleurs profils. Le lancement de notre projet “Meunerie 2020” en est le meilleur exemple», précise le président de l’ANMF. Un projet ambitieux qui prône une vraie prise de conscience des meuniers français pour l’avenir de la profession, auquel il croit fermement. « Mais nous n’arriverons à ce processus de modernisation que tous ensemble. Plus que jamais, nous devons rester unis pour être cohérents. Rester indépendants dans nos entreprises, mais nous rassembler au sein de la filière dans un même projet, une même direction, pour répondre aux nouvelles exigences de nos clients et des consommateurs. Nous devons fusionner nos intelligences, rassembler nos forces, c’est désormais vital.»

UN MÉTIER PLUS ATTRACTIF

Autre sujet lui aussi primordial pour Lionel Deloingce, celui de l’attractivité du métier. « Préparer l’avenir, c’est aussi s’intéresser aux jeunes et les inciter à choisir le métier de meunier. En leur proposant des emplois attractifs et en assurant l’accès à la formation tout au long de leur carrière. Afin de pouvoir transmettre ses connaissances, la meunerie a, d’ores-et-déjà, initié une réflexion pour la conception d’une “bibliothèque des savoirs” en meunerie et plus largement pour les industries céréalières. Ce projet devra s’inscrire dans la continuité des formations diplômantes existantes qu’elles soient initiales ou continues», précise-t-il. Enfin, pour le Président de l ‘ANMF, la tenue des Etats Généraux de l’Alimentation est un moment à ne pas rater, et la meunerie française se doit d’y faire entendre sa voix. « L’ANMF entend y être pleinement actrice et force de propositions en apportant son expertise et sa contribution au travail collectif qui vise à définir les modèles de production alimentaire de demain.» Un moment pour montrer que la filière blé-farine-pain est prête à répondre aux grands défis de l’alimentation de demain « qui permettra d’envisager l’avenir sous les meilleurs auspices», conclut Lionel Deloingce.

Laurent Estèbe

Rédacteur en chef HONORE LE MAG

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